L'Armagnac : la plus ancienne eau de vie de vin est aussi dans le pré

 

Maître Vital Dufour, prieur d’Eauze et de Saint-Mont en 1310 :

« Cette eau, si on la prend médicalement et sobrement, on prétend qu’elle a 40 vertus ou efficacités ; Elle aiguise l’esprit si on en prend avec modération, rappelle à la mémoire la passé, rend l’homme joyeux au dessus de tout, conserve la jeunesse et retarde la sénilité… », ouvrage conservé aux archives du Vatican.

L’Armagnac est la plus ancienne  eau-de-vie de vin produite dans le Sud Ouest de la France au cœur de la Gascogne sur un territoire qui s’étend sur trois départements : le Gers, des Landes et du Lot-et-Garonne. Elle est obtenue par la distillation de vin blanc dans un alambic armagnacais et mise en vieillissement de longues années en fûts de chêne avant d’être commercialisée. L’Armagnac est un produit artisanal, élaboré en petite quantité.

La diversité des terroirs, des cépages, donnent à l’eau-de-vie une personnalité riche, diversifiée, aux caractéristiques des hommes qui la font.

 

L’Armagnac est « un produit noble, mais ce n’est pas un produit élitiste. C’est un produit porteur de valeur ». Ce n’est pas un spiritueux parmi les autres c’est un « spirivertueux » c'est-à-dire « un alcool qui a de l’esprit et des vertus . De l’esprit car il est l’essence même de l’esprit gascon, et des vertus car il doit être ni un produit d’addiction, ni un produit de consommation mais un produit de dégustation ».

 

Le Terroir :

Ce territoire est lui-même divisé en 3 zones géographiques pour 3 appellations différentes :

Le Bas-Armagnac  à l’ouest est un pays plutôt vallommé, la vigne y pousse sur des terrains argilo-silicieux pauvres et acides et mêlés à des éléments ferrugineux qui le colorent, d’où leur nom de sables fauves. Les sédiments enrichissent le sol qui est a dominante limoneux. Cette zone produit les eaux-de-vie légères, fruitées, délicates et les plus réputées.

 

Le Haut-Armagnac au sud et à l’est est très étendu. Les collines présentent des sols calcaires et argilo-calcaires. La vigne y est représentée en îlots.

 

La Ténarèze est une zone de transition entre les deux autres territoire. On y trouve des zones argilo-calcaires et des zones limoneuses, les eaux-de-vie y sont plus corsées.

 

 

La vigne :

Le Baco  est une originalité dans le paysage viticole français. C’est un hybride, fils de la Folle Blanche et du Noah inventé par un instituteur landais, Monsieur Baco à la suite du phylloxéra. Il s’est particulièrement adapté aux sables du Bas-Armagnac où il donne aux eaux-de-vie de la rondeur, de la suavité et des arômes de fruits mûrs, particulièrement après un long vieillissement.

 

L’Ugni-blanc est le cépage de distillation par excellence. Il donne des vins acides, peu alcoolisés, qui après distillation produisent des eaux-de-vie fines et de qualité. Ce cépage s’adapte aussi bien au Bas-Armagnac qu’à l’Armagnac-Ténarèze.

 

La Folle Blanche est le plus connu. C’est le cépage historique de l’Armagnac qui dominait le vignoble avant la destruction de celui-ci par le phylloxéra en 1878, on l’appelait alors le " piquepoult ". Aujourd’hui, sur porte-greffe sa culture est plus difficile aussi est-il peu représenté. La Folle Blanche produit des eaux-de-vie fines, souvent florales et d’une grande élégance qui sont particulièrement valorisées en Blanche ou dans les Armagnac jeunes.

 

Le Colombard est aujourd’hui très utilisé et valorisé dans la vinification des Vins de Pays des Côtes de Gascogne. Sa distillation est donc confidentielle ; ses arômes fruités et épicés sont appréciés en assemblages. La Clairette de Gascogne, le Jurançon blanc, le Plant de graisse, le Meslier Saint François ou le Mauzac blanc et rosé sont tous des cépages anciens qui ne sont représentés aujourd’hui que par quelques hectares de vigne.

 

 

Un peu d’histoire…

 

En Armagnac, les Romains introduisirent la vigne, les Arabes, l’Alambic et les Celtes le fût. De la confrontation de ces trois cultures est né l’Armagnac.

La culture de la vigne dans cette région privilégiée remonte aux temps romains. En témoignent les mosaïques superbes découvertes à la Villa gallo-romaine de Séviac ; les plus belles, avec leurs volutes tout en grappes, ceps et feuilles, chantent les vendanges.

Plus tard, vers la fin du VIème siècle les Vascons envahissent le pays qui va porter leur nom, lequel deviendra en 670 le premier Duché de Gascogne. En se penchant sur le nom d'Armagnac, les historiens ont retrouvé les traces d'un chevalier, Herrman, compagnon du fougueux Clovis, à qui un fief a été donné en récompense de sa bravoure. Latinisé par les capistes médiévaux, Herreman serait devenu "Arminius", jusqu'à ce que le langage local s'en empare pour le muer en Armagnac. Au Xème siècle, un petit comté portant ce nom glorieux voit le jour en Gascogne.

 

L'Armagnac est la plus ancienne eau-de-vie de France : le premier témoignage de son utilisation remonte à l'an 1310, quand Maître Vital Dufour, Prieur d'Eauze et de Saint Mont, vantait en latin les 40 vertus de cette Aygue Ardente dans son livre « Pour garder la Santé et rester en bonne forme ». Ensuite, son histoire se confond intimement avec celle de la Gascogne. Au XVème siècle, entre 1411 et 1441, apparaissent les preuves de sa commercialisation. Selon René Cuzaq, l'Armagnac est, dès 1461, un produit courant sur le marché de Saint Sever dans les Landes.

 

Une eau d'immortalité : à l'origine, ce produit mystérieux touchant presque à l'alchimie, ne se consomme guère. On lui attribue des vertus thérapeutiques... L'eau qui brûle : "aqua ardens". Une eau d'immortalité aux arômes et aux saveurs complexes.



Au XVIIe : un marché de l'Armagnac... Les mentions des eaux-de-vie en Gascogne se multiplient jusqu'à trouver au XVIIème siècle les traces d'un véritable marché de l'Armagnac à Mont-de-Marsan et Aire-sur-l'Adour.

 


...boosté par les hollandais.

 

Au XVIIème siècle, les Hollandais achètent à peu près tous les vins de la côte atlantique française, excepté ceux de Bordeaux qui sont aux Anglais. Ils remontent alors la Garonne et concluent leur premier contrat avec les vignerons du Gers. Craignant la concurrence, les Bordelais interceptent les convois qui descendent le fleuve sous prétexte qu'aucun vin autre que le Bordeaux ne peut être transporté par voie fluviale. Si le vin est interdit, l'alcool ne l'est pas, et c'est ainsi que l'on commence à distiller les vins dans la région de Gascogne. Les Hollandais achètent dès lors en Armagnac des grandes quantités d'alcool qui servent à enrichir et à stabiliser les vins dont ils fournissent les peuples du Nord de l'Europe.

 

Un trésor issu du bois ! En 1730, l'eau-de-vie est un véritable produit commercial qui subit les fluctuations des années, bonnes ou mauvaises. Pour pallier les lacunes, on met en réserve l'eau-de-vie dans des fûts de bois que l'on connaît depuis les Gaulois et, ô miracle ! on découvre un trésor : la couleur, la rondeur et les meilleures senteurs que le vieillissement offre en héritage.

 

La guerre d'indépendance des Etats-Unis influe la qualité.


Au XVIIIème siècle, la guerre d'indépendance des Etats-Unis donne un essor supplémentaire aux affaires. A partir de la seconde moitié du XIXème siècle, certains négociants de la région construisent des chais, surveillent le vieillissement et tentent de faire connaître et apprécier l'Armagnac pour lui-même. Soucieux de leur réputation, de la qualité de leurs eaux-de-vie, et de la pérennité de leurs entreprises, les négociants cherchent déjà à améliorer la qualité de leurs Armagnacs. Ils commencent alors à mener des opérations très minutieuses de coupages, à effectuer des contrôles rigoureux des vieillissements et à maîtriser leur stock et les caractéristiques de chaque lot.

Le phylloxera sévit. Devant l'Hérault et la Gironde, le Gers devient le premier département viticole français. Mais le vignoble d'Armagnac va, lui aussi, connaître le fléau du phylloxéra en 1870. Des 100 000 hectares de vigne, un quart seulement sera replanté.

L'officialisation par les décrets. La région s'organise : le Décret du 25 mai 1909 délimite la zone de production des eaux-de-vie d'Armagnac et ses trois régions, le Décret du 6 août 1936 définit l'Appellation d'Origine Contrôlée Armagnac et ses conditions d'élaboration.

 

Arrivée de la bouteille.


L'Armagnac se vend alors traditionnellement en fût pour la commodité des transports. Après la guerre de 39-45, les consommateurs, plus exigeants, souhaitent mieux connaître l'identité des produits et l'usage se répand de mettre les Armagnacs en bouteilles, donnant une meilleure garantie d'authenticité à l'eau-de-vie de Gascogne.

 

(source : www.armagnac.fr  Bureau National Interprofessionnel de l’Armagnac BNIA)

 
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